L'histoire du FACÉ
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1) L'électrification des zones rurales au début du 20ème
siècle
Dès le début du 20ème siècle, le développement
de l'électrification en milieu rural se révéla un enjeu
fort en terme de modernisation de la production et d'amélioration des
conditions de vie et de travail de la population rurale. Pourtant, jusque
vers les années 1920, ce développement fut très limité.
Dans les villes, l'électrification était confiée à des sociétés privées concessionnaires qui trouvaient dans le produit de leur vente une rentabilité suffisante pour générer toutes les ressources nécessaires à la création et à l'exploitation des réseaux. Elle s'étendit donc rapidement.
A la campagne en revanche, la progression restait très lente. Les coûts d'investissement et d'exploitation étaient importants du fait de la longueur des réseaux et de la dispersion des installations. Bien que le prix de vente de l'électricité ait été plus élevé de 20 à 50 % en zone rurale qu'en zone urbaine, les sociétés d'électricité n'étaient pas intéressées par ce marché et ne cherchèrent pas à prendre d'initiative dans ce domaine.
Les collectivités locales rurales, qui voulaient apporter à leurs administrés le service public de la distribution de l'électricité, prirent en charge elles - mêmes la plus grande part des dépenses de premier investissement. Parallèlement, des coopératives d'électricité avaient été créées par des agriculteurs.
Dans le même temps et jusqu'à la première guerre mondiale, les Pouvoirs Publics et le Ministère de l'Agriculture en particulier ne s'intéressèrent que peu à cette question, se limitant à participer, au moyen de subventions attribuées au Génie rural, à quelques projets d'électrification.
En 1920 toutefois, une circulaire interministérielle (travaux publics et agriculture) soulignait l'intérêt des distributions d'énergie dans les campagnes et les difficultés de leur organisation, justifiant par-là même la nécessité d'une aide de l'état, et définissait et ordonnait le double rôle des ingénieurs du Génie rural et des ingénieurs du Contrôle. C'est aussi cette année que les SICA (Société d'intérêt collectif agricole) furent organisées de manière à permettre la distribution d'électricité sous forme collective (loi du 5 août 1920).
La loi du 2 août 1923, complétée par l'arrêté du 5 janvier 1924, permit aux collectivités agricoles de bénéficier de prêts d'état à taux réduit via l'Office National du Crédit Agricole, prêts destinés exclusivement à l'extension des distributions de l'énergie électrique dans les campagnes. On assista alors à la multiplication des syndicats d'électrification et à l'électrification rapide des bourgs. Toutefois le montant de ces prêts n'était pas suffisant pour faire face à la totalité de la demande d'électrification, et le gouvernement recommanda de répartir prioritairement les projets selon leur rentabilité, ce qui pénalisait les très petites communes.
La loi de finances du 16 avril 1930 devait donner son véritable essor à l'électrification rurale en supprimant toute limite dans les dépenses subventionnables et en élevant à 50 % le taux maximum de subvention.
Ce dernier point supposait que les collectivités disposent
de ressources pour financer leurs réseaux ruraux.
Elles les trouvèrent en grande partie dans les taxes locales sur l'électricité
créées par la loi du 13 août 1926, autorisant les communes
et les départements à établir des taxes, et dans les
redevances d'occupation du domaine public issues de l'application du cahier
des charges de concession (art. 27).
En 1933, de nombreuses collectivités locales se regroupèrent
au sein de la Fédération Nationale des Collectivités
Concédantes et des Régies (FNCCR), qui émit le 27 juin
1936 la proposition de création d'une caisse de compensation ayant
pour finalité d'apporter "une aide de la distribution urbaine
prospère à la distribution rurale".
Cette initiative fut concrétisée en 1936 par la création
du FACÉ.
2) La création du Fonds d'Amortissement des Charges d'Electrification
(FACÉ)
C'est l'article 108 de la loi du 31 décembre 1936 qui institua le Fonds
d'amortissement des charges d'électrification (le FACÉ).
Ce fonds avait vocation à assumer à partir du
1er janvier 1937 :
- dans la proportion de 50 à 80 % les charges d'intérêts
et d'amortissement des emprunts d'électrification rurale en cours ou
futurs contractés par les collectivités publiques, régies
ou SICAE (Société d'intérêt collectif agricole
d'électrification) ;
- dans la proportion de 20 à 30 % les charges des départements
résultant des subventions allouées aux collectivités
pour des travaux d'électrification rurale.
Il était alimenté par une contribution annuelle, perçue sur les recettes des consommations annuelles des distributeurs d'électricité en basse tension et par un crédit égal inscrit au Budget à partir de 1936.
Pendant la seconde guerre mondiale, le Fonds fut géré
par le secrétaire d'état à la production industrielle, à
qui le Conseil du Fonds soumettait des propositions.
Les prêts de l'état disparurent en 1942 et les allègements annuels
de charges d'intérêts et d'amortissement versés de 1942
à 1945 furent réduits à 35 %, puis 25 % en janvier 1946.
3) La loi de nationalisation du 8 avril 1946 maintient le FACÉ
Le ministre chargé de la production industrielle, initiateur du projet
de loi de nationalisation de l'électricité, n'était pas
favorable au pouvoir des collectivités concédantes, mais Paul
Ramadier, Vice - Président de la FNCCR et rapporteur du projet de loi
devant la commission de l'équipement de l'Assemblée nationale,
intervint pour la sauvegarde des droits et prérogatives des collectivités
locales, arguant du fait qu'elles avaient très tôt su organiser
la distribution "hors la loi du profit".
Il obtint gain de cause et la loi du 8 avril 1946 ne modifia
pas fondamentalement la situation de l'électrification rurale :
· Les collectivités conservent la propriété des
ouvrages de distribution et la faculté de faire exécuter tout
ou partie à leur charge les travaux de premier établissement,
de renforcement et de perfectionnement des ouvrages de distribution (art.
36)
· Les contrats de concession sont maintenus, et si les collectivités
perdent le libre choix de leur concessionnaire, elles doivent être associées
à la gestion et au contrôle du service de distribution (art.21,
22, 36, 46).
· Les régies existantes sont maintenues (art. 23).
· Le Fonds d'amortissement des charges d'électrification rurale
est maintenu (art. 51) et la gestion de ses opérations est confiée
à EDF - Service National ( art. 38). Trois décrets (14
octobre 1947,13 août 1952 et 14 octobre 1957) viendront compléter
ces dispositions.
L'ordonnance du 30 décembre 1958 portant loi de finance
pour 1959 complétera les dispositions en vigueur en :
- prévoyant l'établissement par le ministre de l'agriculture
d'un programme de travaux d'électrification rurale, dans la limite
de ses autorisations budgétaires d'investissements
- et décidant que les interventions du FACÉ seraient versées
uniquement en capital.
Le FACÉ n'eut donc plus à intervenir dans l'allègement
des emprunts correspondant aux travaux nouveaux.
Le FACÉ n'avait plus pour mission que d'achever la liquidation
des emprunts afférents à des travaux antérieurs à
1959. Or, il continuait à percevoir des contributions des distributeurs
à des taux inchangés (3,8 % des recettes BT dans les communes
urbaines et 0,75 % dans les autres), et de ce fait ses ressources augmentaient
alors que ses charges diminuaient...
L'enquête lancée par EDF en mai 1968 (sous le nom de TE 733)
montra l'existence de besoins importants en matière d'électrification
rurale.
Devant cette situation, le Gouvernement décida d'utiliser les excédents
de recettes du FACÉ pour financer les travaux d'électrification
rurale via un Fonds spécial d'électrification rurale dont les
ressources seraient gérées par le ministère de l'agriculture.
Un programme complémentaire fut donc établi par les ministères
de l'agriculture et de l'industrie, après avis du Conseil du FACÉ.
Ce programme s'étendait sur plusieurs années, mais l'autorisation
fut donnée d'utiliser 30 % des crédits de financement pour faire
face à des opérations urgentes. C'est ainsi que les ressources
du FACÉ furent utilisées à partir de 1968 dans le financement
direct de l'électrification rurale (Circulaires interministérielles
des 21 et 25 mars 1968).
Courant 1971, plusieurs mesures furent prises qui permirent
d'associer de nouveau directement le FACÉ aux aides en capital fournies
par l'état. Il devint possible de récupérer la TVA sur ces aides,
dans le cadre d'un programme principal (loi du 31 décembre 1970).
Le taux de contribution des distributeurs fut ramené à 3 % pour
les communes urbaines et 0,6 % pour les communes rurales.
De nouveau, l'enquête menée par EDF en novembre 1972 (sous le
nom de TE 1243) mit en évidence le développement rapide des
consommations BT en zone rurale et l'ampleur des besoins en découlant.
Les études menées en complément permirent d'estimer à
12 milliards de francs les besoins pour la période 1974-1980.
Le 22 avril 1974, le Premier Ministre décida la création d'un
programme supplémentaire pour les années 1974 et 1975, financé
à 40 % par le FACÉ.
A la suite de la nationalisation de l'électricité dans les DOM en 1975, le régime d'électrification rurale métropolitain se substitua aux régimes locaux précédents.
4) La décentralisation et le désengagement financier de l'Etat
La loi de décentralisation n° 83-8 du 7 janvier 1983, traitant
des compétences des collectivités territoriales, confirma la
mission du FACÉ et donna au département un pouvoir d'expression
des prévisions de besoins et de répartition entre les collectivités
locales des aides attribuées.
L'incorporation en 1983 de la subvention de l'état à
l'électrification rurale dans la Dotation générale d'équipement
(DGE) des départements conduisit à un financement tripartite
de ces travaux entre les collectivités locales, les distributeurs dont
EDF et le FACÉ. L'état ne participa plus au financement direct et les
collectivités maîtres d'ouvrage contribuèrent à
hauteur de 14,3 %.
Les travaux du ressort de l'électrification rurale s'analysèrent
en deux programmes (principal et spécial), composés de deux
tranches chacun (tranche A et tranche B).
De 1983 à 1991, le programme principal se répartit ainsi :
- tranche A, relative à 30 % du programme annuel réserve à
des travaux individualisés engagés par les collectivités
au coup par coup ;
- tranche B, relative aux 70 % restant, consacrés à des travaux
programmés en métropole ou dans les DOM.
Pendant la même période, le programme spécial
le complétait de la manière suivante :
- tranche A, pour moitié, consacrée à des opérations
déclarées prioritaires (communes touchées par des déclarations
d'utilité publique en faveur de chantiers d'équipement électronucléaire
ou devant être surplombées par des lignes à 250 et 400
kV)
- tranche B, pour d'autres affectations (intempéries, zones rurales
fragiles, renforcements anticipés...)
Les taux de contribution des distributeurs furent portés à 2,43
% pour les communes urbaines et 0,49 % pour les communes rurales.
5) La prise en compte de l'environnement
Le Comité interministériel d'aménagement du territoire
(CIAT) du 28 novembre 1991 décida de vingt mesures en faveur du développement
des espaces ruraux pour un montant global de 2 milliards de francs.
Une majoration de 250 millions de francs des travaux aidés par le FACÉ,
appelée tranche C, fut isolée pour être spécifiquement
consacrée à l'amélioration de l'intégration des
lignes électriques dans l'environnement et à la préservation
des paysages bâtis et non bâtis.
Le programme principal releva désormais d'une seule tranche dite A/B dont le montant (2200 MF en 2001, soit 335,4 M€) fut distribué entre les départements par application d'une clé de répartition annuellement ajustée en fonction des critères arrêtés par le Conseil du FACÉ.
La structure de financement de ces tranches A/B et C devint
dorénavant identique pour les réseaux exploités par EDF
en métropole comme pour ceux des entreprises non nationalisées
de distribution publique d'électricité.
Parallèlement le taux de contribution des distributeurs fut ramené
à 2,05 % pour les communes urbaines et à 0,41 % pour les communes
rurales en 1992, puis à respectivement 1,95 % et 0,39 % en 1993.
6) La prise en compte des projets de production d'électricité
à partir d'EnR et des opérations de MDE
Le Conseil du FACÉ,
réuni le 8 décembre 1994, répondant au vu du ministre
de l'industrie, a donné son accord à la création d'une
" enveloppe spécifique", afin d'assister les collectivités
maîtres d'ouvrage dans le financement d'opérations de :
- production décentralisée d'électricité à
l'aide d'énergies renouvelables (EnR) telles que l'énergie photo-voltaïque,
éolienne ou " micro-hydraulique ", pour alimenter les sites
isolés en alternative à une extension du réseau,
- maîtrise de la demande d'électricité (MDE), en alternative
à un renforcement électrique du réseau.
Les circulaires interministérielles du 6 mars 1995 et du 13 avril 1995 ont précisé les conditions à remplir par ce type d'opération. Les opérations envisagées doivent être justifiées économiquement, en évitant ou en différant des solutions classiques d'extension ou de renforcement du réseau de distribution d'électricité qui seraient plus coûteuses.
Pour les projets EnR l'aide du FACÉ porte sur le coût de l'installation et des adaptations d'équipements, électriques ou non, permettant sa réalisation. L'opération est réalisée sous l'autorité de la collectivité maître d'ouvrage, puis l'installation est remise pour exploitation au concessionnaire, à charge pour ce dernier d'en assurer la maintenance, voire éventuellement le renouvellement. La circulaire interministérielle du 5 mars 2002 a réactualisé le dossier à fournir pour ce type d'opération.
Les opérations de MDE visent principalement à
réduire la puissance appelée en pointe, par des actions de programmation,
de délestage ou de régulation, La loi du 10 février 2000
sur la modernisation et le développement du service public a ouvert
dans son article 17 les possibilités d'intervention des collectivités
locales dans ce domaine.
7) Les évolutions récentes
Les lois n° 2000-108 du 10 février 2000, n° 2003-8 du 3 janvier
2003, n° 2004-803 du 9 août 2004 et n° 2005-781 du 13 juillet
2005 ont préserver les dispositions qui fondent les missions et le
fonctionnement du FACÉ en les adaptant aux évolutions dues principalement
à l'ouverture du marché de l'éléctricité.
Les textes de lois concernant le FACÉ ont été codifiés
dans les articles L2224-31,32,33 ,34 et L3232-2 du Code Général
des Collectivités locales. Ils confirment tout d'abord :
- la faculté dont disposent les collectivités et établissements
publics de coopération d'assurer la maitrise d'ouvrage des travaux
de developpement des réseaux public de distribution d'éléctricité.
-la mission du FACÉ de consentir des aides financières aux collectivités
maitre d'ouvrage des travaux de réseaux sous le régime de l'éléctricité
rurale et son alimentation pas les contributions annuelles des gestionnaires
des réseaux publics de distribution assises sur le nombre de kWh distribuées.
Les textes de loi mentionnés ci-dessus ont par ailleurs
ouvert aux collectivités maîtres d'ouvrage deux possibilités
nouvelles d'intervention au bénéfice des réseaux de distribution,
dès lors que ces moyens sont de nature à éviter, ou à
différer, dans de bonnes conditions économiques, l'extension
ou le renforcement desdits réseaux :
- la mise en uvre d'installations de production d'électricité
" de proximité " d'une puissance inférieure à
un seuil (article 11) qui a été fixé ultérieurement
à 1 MW par le décret n° 2004-46 du 6 janvier 2004, puis
à 2MW en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à la Réunion,
et à Saint-Pierre et Miquelon par le décret n° 2005-1585
du 13 décembre 2005.
- la réalisation d'actions tendant à maîtriser la demande
d'électricité des consommateurs desservis en basse tension (article
17).
La loi n°2005-781 du 13 juillet 2005 a également confirmer la possibilité
pour le FACÉ de consentir des aides financières pour la réalisation
d'opérations de maitrise de la demande ou de production d'éléctricité
par des énergies renouvelables lorsqu'elles permettent d'éviter
des extensions ou des renforcement de réseaux, ainsi que pour la réalisation
d'installation de production de proximité pour les zones non interconnectées.